
J’ai travaillé cette année scolaire sur le projet Bully Busters, un jeu de rôle éducatif ayant pour objectif de favoriser la lutte contre le harcèlement scolaire.
Ce jeu est né d’un constat face aux situations de harcèlement scolaire : dans certaines situations, les équipes pédagogiques et le personnel d’un établissement donné peuvent manquer d’outils pour aborder la question du harcèlement avec leurs classes et leurs élèves.
Il ne s’agit pas bien sûr de montrer un procédé de résolution de confrontation unique et qui s’appliquerait à toutes les situations de harcèlement, ni de caricaturer des situations de harcèlement avec légèreté pour s’en amuser.
Le jeu est ainsi moins fait pour donner un guide univoque pour résoudre les Confrontations que pour aider les élèves à développer de l’empathie dans des situations variées et ludiques d’une part, et pour faire connaître aux élèves-joueurs et joueuses l’ensemble des acteurs et actrices de la lutte contre le harcèlement scolaire au sein des établissements, et même en dehors.
À l’origine, un jeu conçu pour créer un manga
Nous sommes à une réunion d’un club manga de collège, dans un CDI.
Imaginez un groupe d’élèves âgé⋅es entre 11 et 14 ans, passionné⋅es par la culture manga, en train d’échanger leurs idées pour créer leur manga. Ajoutez un professeur un peu désemparé au milieu : face au défi d’organiser cet enthousiasme pour construire une histoire cohérente, j’ai choisi en tant qu’animateur du club de faire réaliser un travail de création narrative aux élèves via le jeu de rôle.
Les différent⋅es participant⋅es jouent au jeu, inventent ainsi l’histoire ensemble, la détaillent en story-board, puis la dessinent pour en faire un manga.
Bully Busters n’est pas le premier univers manga à se dérouler dans un cadre scolaire ou à aborder la question du harcèlement scolaire : les titres qui ont inspiré cet univers sont, entre autres, le manga Assassination Classroom, La méthode du détective Imamura, ou encore le jeu vidéo Persona 5.
Le cadre scolaire et la thématique du harcèlement ont immédiatement plu aux élèves membres du club manga qui se sont investis pour rebondir sur l’univers, les personnages et les ressorts narratifs que je leur ai proposés au cours de la partie et ont créé de cette manière leur propre histoire.
Un jeu de rôle à narration partagée
Dans ce jeu, le rôle du⋅de la meneur⋅euse de jeu n’est pas de dérouler un scénario pré-conçu et de faire “autorité” sur les autres joueur⋅euses. Il n’y a pas de scénario à faire suivre, mais plutôt des personnages, avec des caractéristiques et des motivations bien établies, qui vont agir et faire réagir les personnages incarnés par les joueur⋅euses autour de la table. L’histoire est ainsi dynamique et il existe de nombreuses manière de conclure une même partie. De plus, tout le monde peut faire des propositions pour enrichir l’histoire.

Deux inspirations importantes
Rares sont les jeux de rôle qui proposent un univers et une mécanique sans s’inspirer d’œuvres précédentes.
La construction de Situations du jeu Bully Busters s’inspire du jeu Dogs in the Vineyard de Vincent Baker. Ses mécaniques de résolution en cas de conflit s’inspirent du jeu Démiurges de Frédéric Sintès, lui-même inspiré du premier.
Fonctionnement général du jeu
Dans Bully Busters, les élèves incarnent des collégiens japonais recrutés par une société secrète, la BB Academy. Cette dernière les forme à la détection de situation de harcèlement scolaire et à la manière dont évoluent ces situations avec un élément central, la Cascade du Harcèlement, qui comporte cinq stades :
au Stade 1, un⋅e élève subit des moqueries, en apparence anodines.
Le stade 2 est atteint lorsque ces moqueries deviennent répétées.
Au stade 3, ces moqueries répétées ont pour conséquence une exclusion du reste du groupe.
Le stade 4 présente l’aggravation de cette exclusion, qui se caractérise par des humiliations et des violences.
Le stade 5 correspond aux conséquences aggravantes du harcèlement : dépréciation de soi, dépression, déscolarisation, pensées suicidaires et tentatives de suicide.
Les Bully Busters sont donc formés pour détecter cette évolution et intervenir. Ils sont ensuite envoyés en mission dans des collèges, se font passer pour de nouveaux élèves et intervenir face aux situations auxquelles ils assistent.
L’intérêt du jeu est que les élèves qui jouent à ce jeu doivent eux-mêmes inventer leurs initiatives pour mettre fin aux actes de harcèlement dont ils sont les témoins et rendre la justice. Il s’agit ainsi d’un jeu avec une forte dimension morale : comment rendre la justice ?
Le jeu donne une importante capacité d’action aux personnages : ces derniers sont des héros de manga shonen, un genre qui privilégie l’action et l’aventure. Ils peuvent donc se lancer dans différents types de Confrontation plus ou moins violentes : la discussion, l’acrobatie, la bagarre et la « provoc’ ». Très vite, les élèves se rendent compte qu’une méthode qui consisterait à chercher à rendre soi-même la justice est une impasse. C’est à ce moment là que les Bully Busters font appel aux personnes ressources du collège pour que ces derniers les aident à prendre en charge la situation problématique.
Informations pratiques
Le jeu est destiné à un public collégien, idéalement pour des parties d’environ trois heures et un groupe de joueur⋅euses de 3 à 12 élèves.
La version numérique du jeu est téléchargeable via ce lien (à prix libre) :
https://ch4rlysk0d.itch.io/bully-busters
La version papier du jeu peut être commandée ici (prix unitaire : 10€) :
https://www.lulu.com/fr/shop/antoine-bouffard/bully-busters/paperback/product-m2yz9d9.html


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